Marché Futures : la méthode d’un acheteur pour reprendre la main
- 25 oct. 2025
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Dernière mise à jour : 2 janv.
Après deux années de montagnes russes, une évidence s’impose aux directions financières et aux exploitants, l’électricité ne se gère plus « au fil de l’eau ». Le marché futures, mois, trimestres et années à terme, redevient l’outil central pour reprendre la main sur le budget, lisser la volatilité et protéger la marge. Sans catastrophisme, les entreprises qui ont planifié leurs achats à terme ont mieux traversé les secousses, celles restées 100 % exposées ont souvent payé l’apprentissage au prix fort.
Le marché futures permet d’acheter aujourd’hui un prix ferme pour une période future, par exemple CAL‑26/27/28 pour les années civiles 2026/2027/2028. Pour le client, cela se traduit par des fixings chez le fournisseur, on fige par tranches des volumes à un prix connu selon un calendrier prédéfini. Le résultat est simple et tangible, un prix moyen d’énergie lisible, contractualisé, et un budget qui cesse d’être une variable subie.
Il existe aujourd’hui plusieurs raisons opérationnelles de sécuriser des volumes maintenant. La visibilité budgétaire est essentielle, les appels d’offres, les plans d’investissement et les grilles tarifaires exigent une trajectoire de coût crédible à 12–36 mois, et les futures fournissent précisément cette feuille de route. La discipline d’achat, fixée par des seuils et un calendrier, évite de « courir après le marché » ; on fractionne les décisions et l’on réduit le risque de mauvais timing. La protection contre les chocs demeure une priorité, météo, disponibilité nucléaire, prix du gaz et du CO₂, interconnexions, tous ces facteurs de stress persistent ; couvrir une part significative des volumes permet de sécuriser le compte d’exploitation. Enfin, un plan d’achats à terme renforce le pouvoir de négociation, il multiplie les options produits et fenêtres de fixing et met en concurrence les fournisseurs sur des bases claires.
Sur la question du risque d’une baisse des prix après un fixing, la lecture du marché reste prudente. Le potentiel de baisse est limité par des planchers de coûts, CO₂, coût marginal gaz, maintenance du parc et exigences de capacité, et par un contexte offre/demande encore sensible aux aléas climatiques et géopolitiques. Autrement dit, le risque dominant est asymétrique : les hausses peuvent survenir rapidement, la détente des prix est souvent progressive et bornée. Si une détente supplémentaire venait à se matérialiser, elle peut néanmoins se valoriser différemment, via l’amélioration des profils HP/HC, l’optimisation de puissances, des opportunités sur les maturités suivantes au fil des revues, ou la réduction des consommations via CEE et EMS. L’enjeu n’est pas de viser le « plus bas », mais d’obtenir un prix moyen fiable et un cap budgétaire tenable.
Le bon dosage combine une part fixe assurée par les futures pour sécuriser le socle budgétaire, en particulier pour les charges incompressibles et les sites critiques, et une part indexée au spot qui conserve de la souplesse et permet de capter des opportunités de marché. La gouvernance est simple et efficace : un comité énergie mensuel de 30 minutes suffit pour suivre l’état des prix couverts, la part restante, les seuils atteints et les fenêtres d’achat à venir.
S’engager avec un fournisseur suppose un contrat bien construit portant sur l’architecture du produit, full‑fixe, multi‑tranches, base/peak, options de report, sur des clauses d’exécution détaillées, calendrier de fixings, modalités de notification et pénalités de non‑livraison, et sur des flexibilités utiles, tolérances de volume, bascules HP/HC, modalités de résiliation ou d’extension. Un fournisseur solide associé à un conseil indépendant réduit les frictions et garantit l’exécution.
Les leçons récentes appellent à la prudence sans alarmisme. Les défaillances d’entreprises se sont accrues dans le sillage de la crise énergétique, et nombreux sont les dirigeants qui ont vu des budgets exploser ou des marges fondre lors des pics. Le message est simple et opérationnel : ne pas rejouer la roulette russe, mettre en place une politique de couverture documentée, c’est passer d’une gestion subie à une maîtrise assumée.
Concrètement, cela se traduit par des gains mesurables pour l’entreprise, un budget prévisible sur 12–36 mois compatible avec les tarifs et appels d’offres, un risque réduit sur la marge grâce à un prix moyen maîtrisé, du temps libéré avec moins d’improvisation et plus de décisions structurées, et un alignement interne où finance, achats et exploitation parlent la même langue sur seuils, tranches et exposition. Le marché futures n’est pas un pari, c’est un outil de gouvernance qui transforme un poste de coût instable en budget pilotable. En combinant une lecture lucide des fondamentaux, marchés à terme, gaz/CO₂, météo, interconnexions et géopolitique, un contrat bien cadré et un suivi mensuel léger, les entreprises remettent de la prévisibilité dans leurs comptes et de la sérénité dans leurs décisions.



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